); Vladimir León Sagols: Les ambiances de la réalité et du désir | Visit Cuba

Les arts

Vladimir León Sagols: Les ambiances de la réalité et du désir

Par Ricardo Alberto Pérez / Affiché le 7 février 2014

1 PORTADA copyPendant plus de dix ans, les peintures de Vladimir León Sagols se sont essentiellement fixées sur “l’apothéose” du corps nu (spécialement celui de femmes nues) comme on peut le voir à travers différentes ambiances et positions imposées par la Réalité et le Désir.
2008 Serie Mujeres 2008. óleo sobre lienzo, 100 x 92 cm copy

Et si nous n’avons pu voir son travail aussi fréquemment sur les réseaux des arts visuels, ce peut être parce qu’il a continué à être attiré par l’acte de peindre alors que la majorité des artistes de sa génération ont entrepris de s’installer, d’enregistrer, de se produire, d’employer les techniques du vidéo d’art ou tout simplement de tout mélanger ensemble. Ses nus ne sont pas des créatures domestiques qui se contemplent facilement; elles sont conçues avec une complexité en mutation qui suggère différents niveaux de problèmes. Elles sont des créatures portant en elles la rébellion implicite d’une mémoire sur le point d’éclater à tout moment dans sa peinture.

Serie Angeles 2007 , oleo sobre lienzo , 100 x 80cm. copy

Dans son oeuvre de ces dix dernières années, les figures ont des traits communs distinctifs associés à des moments où nous perçevons une tension. Avec un art accompli de la mise en scène, les figures sont tristes, entraînées dans une violence contenue, contractées par l’inattendu ou simplement captées dans un moment d’expansion débordante. Avant d’arriver sur le canva ou le papier, elles ont des gestes demandant d’être épiés avec insistance. La capacité d’épier, de découvrir et même de deviner ce qui peut se cacher derrière le masque, est à la racine de la grande habileté de l’artiste. Ces figures sont peintes avec des couleurs délavées comme si quelqu’un les avaient régulièrement enduites avec quelque boue étrange ramassée en périphérie. Le terrain sur lequel l’huile et le fusain ont jeté des ombres nous rappelle l’oeuvre du grand peintre cubain Fidelio Ponce de Leon.

 

Sagols affirme: Je demande au spectateur de ne pas chercher à comprendre mais de ressentir. Cette phrase met à nu une des clés de son oeuvre. La finale laisse voir le moment où la chair se transforme en image avec une intensité qui lui permet de redevenir chair à nouveau.

 

Vladimir explore les ambiguïtés de la douleur et du plaisir en avouant: Les images visuelles de la douleur et du plaisir sont très proches au point de devenir interchangeables. Les séries insistent sur cette relation précisément à cause de la passion contenue dans cette ambiguïté. Il devient difficile de décrire des sensations et des actes physiques dans l’univers visuel qui mélange plaisir et tension face à l’extase et la mort, la nécessité intellectuelle de représenter la vulnérabilité de l’être humain par la solitude d’un corps.

2005, oleo sobre tela 120 x 80 cm. copy

La solitude rétrécit le sentier choisi et le rend virtuellement risqué parce qu’il ne se réfère plus à la solitude qu’il représente. Il réfère plutôt à la solitude que représentent les conflits externes. Plusieurs préfèrent reconnaître en cela le fait d’être orphelin: quelqu’un dénué de tout et sans protection. L’état d’orphelin est beaucoup plus radical que d’être sans vêtements; il se rapporte à une nudité qui nous laisse complètement vulnérable.

2010 Evas 1 copy

Dans la plupart des séries de Vladimir León Sagols, la protagoniste est une femme nue. Mais le peintre a expérimenté d’autres façons de s’exprimer comme dans la séquence appelée Niños (Enfants) (2008), un mélange savant de tendresse, de désir et de doute. Des sensations instantanées qui créent une urgence expressive qui aboutit à placer les enfants quelque part entre le céleste et le terrestre.

En 2011, León Sagols a été l’unique exposant à la galerie du Musée d’Art Sacré du Couvent de St-François dans le quartier colonial de La Havane: l’exposition fut appellée evas. Le nom écrit en lettres minuscules fait immédiatement penser que la personne d’origine, Ève, se convertit en un groupe de “tisserands anonymes” prêts à nous dire quelque chose. Ces images d’evas nous transportent dans l’idéologie féminine; ils sont des instants où la femme atteint son identité complète nous rappelant Sappho, Marguerite Duras, Susan Sontag, Julia Kristeva et Virginia Woolf. J’appellerais cela un hommage aux femmes qui vont au-delà du concept de leur corps.

León Sagols fait actuellement partie d’une exposition de sept artistes cubains contemporains qui se tient à Toronto, Canada, à la Galerie Siete-7, à l’hôtel Royal York Fairmont. La collection peut être visualisée sur www.siete.ca.

Ricardo Alberto Pérez

×