); Hemingway in Cojímar | Visit Cuba

Hemingway @fr

Hemingway à Cojímar

Par Ricardo Alberto Perez / Affiché le 15 janvier 2014

Cojimar on the water

Au début de l’automne je suis retourné au village de pêche légendaire de Cojímar, à quelques kilomètres à peine de La Havane. Les eaux qui baignent les rives de cette petite ville déroulent une spatule splendide de couleurs, à travers laquelle les pêcheurs lancent leurs lignes et fixent leurs regards en attendant le miracle d’une capture.

Cojímar the old wooden pierPour quelqu’obscure raison, mes pas me conduisent toujours à la vieille jetée de bois où un certain nombre d’habitants du coin s’essaient à la pêche. Plusieurs des vieillards qui s’y trouvent sont des livres ouverts sur l’histoire de Cojímar. Je remarque un vieux monsieur assis au bout de la jetée et bientôt je cause avec lui sur la ville, sa ville. Avec un éclat dans les yeux et une fierté difficile à contenir, il me dit qu’il a maintes fois observé Ernest Hemingway se promener dans le village.

 

Cojímar-fort

Tout près du vieux quai se dresse un petit fort espagnol connu sous le nom de Torreón de Cojímar. Il s’agit d’une parcelle du site du Patrimoine de l’Humanité de l’UNESCO qui englobe les fortifications de La Havane. Bâti en 1649 pour protéger la côte, il se montre à la hauteur pendant l’invasion britannique de 1762, alors qu’il empêche la flotte anglaise d’accoster à cet endroit et la force à aller plus à l’est. Cojímar en 1555 ne comprenait que quelques Indiens, des esclaves noirs et une poignée de colons espagnols. La construction du Torreón lui donne ainsi son élan : des ranchs sont aménagés et des maisons construites précisément autour du petit fort.

Sous une arche néoclassique en face du fort je découvre le premier monument érigé à la mémoire d’Hemingway, un an après sa mort. On raconte que les résidents de la ville, – parmi eux Gregorio Fuentes, premier assistant à bord du Pilar, le bateau de l’écrivain – amassèrent des morceaux d’hélices, des maillons de chaînes et des ancres pour en faire le corps du buste de bronze exécuté par le sculpteur cubain Fernando Boada Martín.

Hemingway statue

Cojímar se démarque par son mélange de beauté et d’intimité. Dans cette ville de la quintessence du cool, tout semble disposé en toute confidentialité. En me promenant sur sa rue principale, je croise des musiciens de rue; l’un d’eux m’assure avoir parlé plusieurs fois avec Hemingway, et se rappelle son caractère affable et combien il aimait parler avec les villageois. Décrivant l’écrivain comme un « grand homme blanc, fort, avec des yeux très bleus », il termine en chantant la chanson qui, selon ce trovador, était la préférée d’Hemingway.

Entretemps, je m’amuse à calculer silencieusement l’âge de ce musicien de rue – la jeune cinquantaine je crois – qui jure avoir rencontré Hemingway. De mes conversations précédentes avec les gens de Cojímar, j’en suis venu à la conclusion que tout le monde ici a soit rencontré, vu ou parlé à Papa. C’est comme le parent que vous n’avez jamais connu parce qu’il est mort avant votre naissance, mais auquel vous devenez attaché par les histoires que la famille raconte. De toutes manières, je suis toujours un peu jaloux de leur familiarité, réelle ou imaginaire, avec le gagnant du Prix Nobel.
La Terraza de Cojímar Restaurant 2

Juste trois rues plus loin, un autre des antres d’Hemingway m’attend: le restaurant de la Terraza de Cojímar. L’endroit a ouvert ses portes en 1925 sous le nom de Las Arecas, mais c’est en 1940 que ce restaurant à bas prix devient le restaurant-bar exclusif La Terraza. Favori des visiteurs étrangers et des stars du moment – tels Imperio Argentina, Libertad Lamarque, Jorge Negrete, Hugo del Carril et Lola Flores – La Terraza devient une destination incontournable. Entre tous, personne ne fut plus influent pour sa gloire qu’Ernest Hemingway, qui venait là régulièrement après ses sorties en mer avec son loyal et fidèle compagnon Gregorio Fuentes.

 

Je décide de m’asseoir au bar et d’essayer le breuvage de la maison : le Cocktail Don La Terraza de Cojímar RestaurantGregorio. Alors que je sirote un mélange de marasquin et de curaçao bleu servi sur de la glace pilée, je jette un œil sur les nombreuses photographies d’Hemingway qui couvrent les murs du restaurant. Et je remarque la table favorite de l’auteur, montée en permanence dans l’attente éternelle de son retour d’une excursion de pêche. Elle offre bien sûr une vue splendide de son océan bien-aimé.

Ricardo Alberto Perez

×