); Luis Carbonell has become an essential figure in Cuban culture. | Visit Cuba

Musique

À propos du 90ième anniversaire de Luis Carbonell

Par Lucia Lamadrid / Affiché le 11 décembre 2013

Luia Carbonel web

Le 25 septembre dernier, le Théâtre Mella célébrait le 90ième anniversaire de Luis Carbonell et de ses 75 ans de dévotion à l’art. Le gala comprenait des prestations d’artistes populaires tels Paulo FG, Beatriz Marquez, l’acteur Alden Knight, le Sexteto Habanero et le Ballet de la Télévision cubaine.

Septeto Habanero web

Luis Carbonell est une figure essentielle de la culture cubaine. Son plus grand mérite a été d’utiliser ses talents scéniques pour créer une nouvelle manière de réciter – un mélange de ballades folkloriques, de chansons populaires espagnoles et d’une bonne dose de mordant cubain. Il a travaillé à la radio, à la télévision et au théâtre, recueillant l’admiration des cubains et du monde partout où il s’est produit. Du haut de ses 90 ans, « l’Aquarelliste de la poésie antillaise » comme on le surnomme, se sent assez en forme pour continuer de travailler et pour partager ses connaissances et son talent avec les nouvelles générations. Longue vie à Luis Carbonell!

Nelson Camacho

Nelson Camacho

Le premier souvenir qui me vient de Luis Carbonell, c’est lui récitant de sa voix intentionnellement haut-perchée: « Oh, Fuló » (Esa negra Fuló, du poète brésilien Jorge de Lima), et moi, alors petite fille, courant pour le voir à la télé et savourer ses gestes, son style et ses expressions faciales si expressives.

Des années plus tard, j’ai appris qu’il avait été professeur d’anglais, accompagnateur, directeur artistique… et que grâce à Ernesto Lecuona, il avait connu  le succès à New York bien avant d’être un succès sur la scène cubaine. En effet, le 11 mars 1948, il donnait un spectacle à  Carnegie Hall. L’année suivante, au cours d’un spectacle radio, on le gratifia de l’épithète qui l’identifie depuis ce jour, El Acuarelista de la Poesía Antillana –  l’Aquarelliste de la poésie antillaise . J’ai aussi appris, avec le temps, à comprendre et à jouir de son ironie subtile, de son don de conteur, de son extraordinaire habileté à passer du drame à la comédie.

 

Carbonell, véritable idole de la radio, de la télévision et de la scène cubaines, a fait des tournées en Espagne, aux États Unis et dans la plupart des pays latino-américains. Il a livré des performances dans des grandes salles, des petits théâtres, des cabarets, des musées et d’innombrables institutions. Sa vaste culture, sa diction parfaite, son sens précis du rythme, sa grâce naturelle, sa distinction et sa finesse lui ont permis de demeurer le préféré de plusieurs générations de Cubains, plusieurs années après que la récitation de poèmes soit passée de mode. C’est que l’Aquarelliste n’a pas été un homme de modes, et ne s’est pas non plus complu confortablement dans l’énorme succès de ses poèmes basés sur les traditions locales. Il s’est plongé profondément dans le conte et la poésie cubaines et latino-américaines et a compris comment « jouer » ces poèmes et ces contes, ce qui représente beaucoup plus que simplement les reproduire.

 

En plus d’entraîner de nombreux chanteurs, il a aussi choisi les répertoires de vocalistes fameux, comme celui d’Esther Borja, une des plus spectaculaires chanteuse lyrique cubaine, et aussi du chanteur-compositeur Pablo Milanés. Il a également fourni des arrangements pour plusieurs quartets et trios vocaux. Plusieurs de ses étudiants se sont imprégnés de sa préférence incurable pour le Baroque, de son respect pour le génie populaire et de son besoin de culture. Ce dont nous avons besoin de nos jours, avec autant de voix mal utilisées, tant de chansons banales, c’est plusieurs Carbonell.

Heureusement pour ceux qui ne l’ont pas connu au sommet de sa carrière, sa voix a été enregistrée sur des douzaines d’albums. Malgré cela, certains moments de sa carrière ne resteront que dans le souvenir de ceux qui les auront vécu, comme son récital à la Casa de las Americas en 1972. Dans un véritable tour de force, Luis Carbonell a alors joué plusieurs danzas d’Ignacio Cervantès, ainsi que des oeuvres d’Ernesto Lecuona et de Bach; il a raconté des histoires de différents pays du monde; il a récité des poèmes, puis a clôturé la soirée avec ses fameuses scènes sur les traditions locales. Depuis lors, « la Negra Fuló » se surimpose dans mon esprit sur une fugue de Bach.  Peut-être que le secret de cet homme universel, né il y a « seulement » 90 ans à Santiago de Cuba (le 26 juillet 1923), se trouve dans cette compréhension globale de la culture.

Lucia Lamadrid

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