); Carlos Díaz's Teatro El Público for the public | Visit Cuba

Le théâtre

Le Teatro El Público grand public de Carlos Díaz

Par Margaret Atkins / Affiché le 10 avril 2013

Dès l’enfance, Carlos Diaz voulait être acteur. Le réputé directeur de la compagnie théâtrale du Teatro El Público n’a pas découvert le théâtre : il a plongé dedans. Interprétant de petits rôles à l’école,  il était déjà conscient du besoin d’ordonner une scène afin que chaque élément soit à la bonne place au bon moment. Son cheminement vers la mise en scène fut donc très naturel.
Sachant d’emblée qu’il entend se consacrer à la mise en scène, Diaz étudie le théâtre à l’Université des Arts (ISA). À l’époque, il n’y a pas à Cuba de formation spéciale pour les metteurs en scène. Après sa graduation, il travaille comme conseiller et assistant-metteur en scène avec Roberto Blanco pour le Teatro Irrumpe, où il fait tout sauf diriger. De 1988 à 1990, il agit comme directeur artistique et conseiller général pour le Ballet Teatro de La Habana. En 1989 Pedro Renteria, directeur du Théâtre National, lui  donne l’occasion de mettre en scène à condition qu’il produise trois pièces en un an. Ces trois premières productions, Un tramway nommé désir, Thé et sympathie et la Ménagerie de verre, furent mises à l’affiche sous le nom de Trilogie du Théâtre Nord-Américain. Ce fut l’origine de ce qui allait un jour devenir le Teatro El Público.

Je rencontre Carlos au Théâtre Trianón, foyer de la compagnie depuis les années 1990. Il me dit qu’au cours des premières années de la Période spéciale, le Trianón, à l’origine un cinéma, devînt pour une courte période le quartier général de l’Orchestre Symphonique National. Un jour, Carlos passa devant le Trianón et se dit : « Ce cinéma va devenir le mien, et ce sera un théâtre. » Après beaucoup d’efforts, son rêve devient réalité.

Aujourd’hui, il travaille avec les étudiants de quatrième année de l’École Nationale de Théâtre, où il enseigne. C’est l’occasion pour lui de produire une pièce par année avec les étudiants qui prendront bientôt la relève du théâtre cubain. De son point de vue, la nouvelle génération de jeunes gradués de l’École Nationale des Arts (ENA) et de l’ISA sont très talentueux; quelques-uns d’entre eux joindront même les rangs du Teatro El Público. « Vous devez progresser avec cette génération et la jeunesse, confie-t-il. Je me rappelle du temps où un personnage de 18 ans était joué par une actrice de 40 ans… Je crois que vous devez donner aux jeunes de 18 ans la chance de montrer leur âge sur scène. »

Une petite image représentant une éclipse partielle de lune décore son bureau. Elle est devenue une sorte de logo qui l’accompagne depuis ses jours au Teatro Ensayo. Il m’assure qu’il ne veut pas la posséder, comme l’empereur Caligula, mais qu’il peut la regarder tous les soirs sans se lasser. « La lune, ajoute-t-il, possède  une signification théâtrale et est un élément spécial utilisé dans les œuvres par des dramaturges tels Lorca et Shakespeare. C’est un symbole d’amour et de folie, et nous avons tous besoin d’un peu des deux quand nous faisons de l’art. »

 

La chose la plus importante pour Carlos Diaz, est la communication avec l’auditoire. Ayant hérité

de la tradition festive de Bejucal, sa ville natale qui l’a nommé Citoyen éminent, il croit que l’art théâtral doit être fait pour divertir le public. « Je prépare une pièce comme si je donnais une fête », dit-il.

Il n’est pas facile de créer la chimie entre la performance et l’auditoire, mais Carlos semble y parvenir avec succès. Teatro El Público a travaillé fort pour se gagner un public à lui. “Les gens viennent ici sans savoir ce qu’ils vont voir, mais ils ont une bonne idée de ce qui va survenir”, dit le directeur qui, au lieu de succès, préfère parler de communication. Cet homme qui aime les salles combles et maintient que le théâtre est fait pour le public, considère comme un grand accomplissement le fait qu’il n’a jamais eu à jouer devant un petit public. Calos croit qu’un répertoire soigneusement choisi et un style de travail cohérent sont responsables des longues files d’attente à l’entrée du Trianón. Il sait aborder des thèmes clés de la vie quotidienne à Cuba aujourd’hui – les conventions, la double moralité, l’intolérance, le manque de spiritualité, le droit de défendre la sexualité dans toutes ses formes – avec un style provocateur, désordonné, irrévérencieux, original et sensuel qui a beaucoup à voir avec son succès.

« Je ne peux prendre neuf mois pour produire une pièce. Un enfant prend peut-être neuf mois à naître, mais un spectacle peut mourir après un seul mois. » Et même si aujourd’hui, à Cuba, plusieurs pièces s’éteignent après seulement douze représentations, le directeur Carlos Diaz maintient qu’un drame doit connecter avec le public pendant une longue période pour vraiment mûrir. La façade du Trianón montre diverses plaques marquant les 100 performances de différentes pièces – un signe indubitable du succès de la troupe du Teatro El Público et de son directeur.

Le vaste répertoire de la Compagnie comprend plusieurs pièces à succès, comme La Celestina (150 performances), The Twelfth Night, Ay, mi amor,  The Crucible et plusieurs autres. En ce moment, la compagnie présente Caligula, une reprise de la pièce d’Albert Camus jouée pour la première fois en 1996 et qui a connu importante tournée en Espagne. La pièce a aussi été jouée au Mexique – au Théâtre Classique Merida, ainsi qu’au Brésil – au festival Rio Escena, et est depuis peu produite à un festival gai de Miami. Les acteurs Broselianda Hernández, Fernando Echevarría et Miguel Caballeros reprennent leurs performances de 1996 tandis que d’autres acteurs apparaissent dans la pièce, tel Alexis Díaz de Villegas, qui tient le rôle principal aux côtés d’Echevarría.

Alors que Caligula est jouée au Trianón, Drops of water on Hot Stones de Rainer Werner Fassbinder est présenté au théâtre Adolfo Llauradó durant la Semaine du Théâtre Allemand. Carlos nous dit que cette pièce lui a donné l’occasion de revisiter Fassbinder, dont il avait déjà produit The Bitter Tears of Petra Von Kant en 2008.

Fervent admirateur de cinéma, Carlos s’est joint à bon nombre de réalisateurs, comme Fernando Perez et Gerardo Chijona qui ont fait appel à lui pour quelques productions. Malgré tout, il ne tient pas à faire de films : « Je me sens bien à faire ce que je fais en ce moment, avoue-t-il, ajoutant catégoriquement que l’idée de ne pas faire de théâtre me rend terriblement malheureux ».

Avant de nous dire au revoir, nous avons demandé au réputé metteur en scène qui était au juste Carlos Diaz. « Carlos Diaz, nous a-t-il confié, est un homme très heureux qui demande peu à la vie sauf de pouvoir aller tous les jours au théâtre, qui s’efforce de rester humble, qui est beaucoup aimé et qui aime immensément, et dont la plus grande responsabilité est de ne jamais arrêter de faire du théâtre ».

Margaret Atkins

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