); Havana Film Festival 34th International New Latin American Film Festival 2012 | Visit Cuba

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Le 34ième Festival International du Nouveau Cinéma Latino Americain 2012: très peu de surprises

Par Victoria Alcalá / Affiché le 21 décembre 2012

C’est avec une ouverture très musicale, que le 34ième Festival du Nouveau Cinéma Latino-Américain a été officiellement ouvert le 3 décembre 2012 au Théâtre Karl Marx par son président, Alfredo Guevara. Dans son discours inaugural, caractérisé par son style personnel au cours duquel les mots les plus souvent répétés furent “diversité” et “choix”, Guevara confirmait sa foi dans les propositions des nouvelles générations de réalisateurs.

La “locomotive”, comme est habituellement surnommée la formation dirigée par Juan Formell, a été rejointe sur scène par l’icône du rock argentin Fito Páez, qui le jour suivant devait donner un concert devant une salle remplie à capacité dans le même amphithéatre, le plus grand de la ville. Van Van et Páez pavèrent le chemin au film choisi pour ouvrir le rendez-vous d’hiver du cinéma latino-américain. Curieusement toutefois, ce ne le fut pas par un film de fiction mais plutôt par un documentaire du réalisateur espagnol Nico García: Silvio Rodriguez. Ojalá, dédié au trovador emblématique de Cuba.

Quelques heures avant l’ouverture, des files considérables s’étaient massées aux portes des principaux cinémas de La Havane rassemblant toutes les sortes de cinéphiles. Il y avait là ceux qui tenaient à prouver la théorie de la relativité en se tapant 500 films en 10 jours, en commençant tôt le matin pour les premières séances et passant ensuite d’un cinéma à l’autre pendant la journée et la soirée et ne revenant à la maison qu’après le dernier film présenté, habituellement passé minuit. D’autres qui, étudiant le guide des films comme si c’était un rigoureux travail scientifique, comparaient les sommaires, les résultats d’autres festivals, etc, et essayaient de se la jouer sûre en ne prenant pas de risques inutiles avec des films inconnus. Quelques cinéphiles allaient plutôt suivre les opinions des critiques à la lettre pendant que d’autres se précipitaient sur les films honnis de tous en évitant ceux recommandés par les experts.

studying the program

Pendant presque deux semaines, les discussions habituelles sur le baseball sont alors remplacées par les débats sur le cinéma et tout un chacun devient un juré qui défend passionnément ses prévisions à propos des gagnants potentiels.

Comme toujours, les fims argentins, brésiliens, mexicains et cubains ont éveillé le plus grand intérêt quoique le cinéma chilien a commencé à se tailler graduellement une place parmi les favoris traditionnels quand le film de Pablo Larraín, No, réussit à renverser la vapeur en sa faveur.

 

Le film, qui traite d’un événement politique—le plébiscite qui a mis fin aux 15 ans de dictature d’Augusto Pinochet—le fait en douceur et avec efficacité, retenant juste assez d’éléments tirés de films plus commerciaux, appuyé en cela par un scénario solide et la performance convainquante de l’acteur charismatique mexicain Gael García.

Moins populaire mais d’une beauté et d’une profondeur incontestables, inspiré par le jeu impressionnant de sa principale protagoniste Francisca Gavilán, est Violeta se fue a los cielos par Andrés Wood. Le film va au-delà d’un biopic dans son évocation de la vie de la grande auteur-compositeur chilienne Violeta Parra.

Parmi les films cubains, un qui est sorti du lot est Melaza, du jeune cinéaste Carlos Lechuga, qui explore un drame ayant eu peu d’attention jusqu’ici dans l’art cubain: la fermeture de la moitié des moulins de canne à sucre existants dans l’île et son impact sur les vies de citoyens ordinaires. Une performance louable de Yuliet Cruz.

Un autre film, La película de Ana, par le vétéran réalisateur Daniel Diaz Torres, a suscité beaucoup d’enthousiasme parce qu’il en avait les éléments: un bon scénario, une distribution d’acteurs reconnus avec en tête Laura de la Uz et un sujet osé—une actrice, devenue réalisatrice d’un documentaire sur la prostitution, s’insère elle-même dans le jeu des acteurs.

Les deux grandes déceptions furent Se vende, de Jorge Perugorría, qui a semblé trop déterminé à chatouiller le spectateur pour provoquer le rire à tout prix et Irremediablemente juntos, qui, à mon avis, n’aurait pas dû être mis en compétition.

Dans la catégorie des films d’animation, qui est toujours occultée par celle des longs métrages, La luna en el jardín, est un court mais délicieux dessin animé cubain tiré de passages du roman Jardín, de Dulce Maria Loynaz.

Un moment préféré du public au cours du festival est celui de la comparaison de ses préférences avec les décisions du jury. Cette fois toutefois, il n’y a pas eu de grandes surprises et, en général, les films gagnants furent des confirmations des prix octroyés. Le film No, qui fut un succès au Festival de Cannes cette année et demeure le choix du Chili pour l’Oscar du Meilleur Film Étranger a gagné le 1er prix Corail et la médaille SIGNIS, en plus d’autres prix collatéraux donnés par l’Association de la Presse Cinématograhique et la Mention Glauber.

Le 2ième Prix Corail a été adjugé à Violeta se fue a los cielos,également gagnant du Corail de la direction artistique et du prix Glauber Rocha en plus des prix de l’agence de presse Prensa Latina et de l’UNEAC

Le 3ième Prix Corail a été décerné a Febre do rato, un film brésilien de Cláudio Assis, pratiquement passé inaperçu dans les cinémas de La Havane.

La película de Ana a reçu les Prix Corail pour le Meilleur Scénario et la Meilleure Actrice (Laura de la Uz), et un autre de l’Union Cubaine des Journalistes. Il a aussi obtenu un prix de distribution d’Amazonia Films.

Días de pesca a reçu le Prix Spécial du Jury et le Prix Cibervoto de la Fondation du Nouveau Cinéma Latino-Américain alors que Melaza a décroché le Prix El Mégano de la Fédération Nationale des Clubs de Cinéma.

Malheureusement à mon avis, le film Se vende a obtenu le Prix de Popularité. Décidément, les goûts ne sont pas à discuter.

Le nombre de coproductions parmi les films gagnants et la tendance croissante à co-produire au sein des pays Latino-Américains sont frappantes.

Le festival du film est maintenant terminé et nous laisse désireux de voir de bons films si difficiles à trouver à La Havane pendant le reste de l’année. Mais, heureusement, dans ce décembre trépidant, le Festival de Jazz Plaza vient nous réconforter.

Victoria Alcalá

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